dimanche 9 juin 2013

DOULEUR DE L'EPAULE


La fréquence de la tendinite de l'épaule vient de la situation conflictuelle des tendons qui coiffent la tête de l'humérus  à leur face supérieure est exposée au frottement sous la voûte osseuse de l'acromion, apophyse (appendice osseux) de l'omoplate.
L'évolution chronique de la tendinite de l'épaule est causée d'une part par la répétition des gestes (généralement l'élévation du bras) provoquant le frottement du tendon, d'autre part par la mauvaise irrigation sanguine du tendon à cet endroit, qui rend sa réparation moins efficace. Certains pensent même que cette tendinite est en fait une dégénérescence "normale" du tendon avec l'âge.

C'est ainsi que de nombreuses personnes de la cinquantaine et au-delà ont des tendons déjà très fragilisés, sans s'être beaucoup plaintes jusque-là. Il n'est pas exceptionnel que la tendinite se révèle alors par une rupture brutale, en apparence spontanée, en fait déclenchée par un effort anodin sur un tendon très aminci.
Ce phénomène explique la médiocre efficacité des anti-inflammatoires pris par voie générale: la concentration locale des produits arrivant par voie sanguine n'est pas bonne.
La tendinite chronique à l'épaule n'est pas toujours très douloureuse. Ce peut être une vague gêne dans certaines positions, émaillée de douleurs plus franches après des efforts répétitifs mais encore très supportables et n'obligeant pas forcément à consulter un médecin. L'évolution des tendinites négligées se fait en effet vers la fragilisation et la rupture. Précisons tout de suite que "douleur prolongée" n'égale pas forcément "tendon bousillé".

Une cause classique d'évolution traînante est la présence d'une calcification à la surface du tendon: cette formation friable, déposée en excès par l'organisme sur la plaie tendineuse pour essayer de la "consolider", occupe un certain volume et aggrave en fait le conflit entre le tendon et la voûte osseuse de l'acromion. La calcification se désagrège parfois brutalement, c'est l'épaule aiguë calcique, parfois progressivement, entretenant une inflammation chronique à la surface du tendon sans que celui-ci soit vraiment détérioré: la douleur va durer alors plusieurs mois puis disparaître sans raison apparente. Si la calcification était connue, un contrôle en radio montre sa diminution de taille voire sa disparition.

EXAMEN PHYSIQUE
Un interrogatoire et un examen physique détaillés sont essentiels chez tous les patients se plaignant d’épaule douloureuse.
L’épaule est examinée le patient debout ou assis, et l’examen débute par une inspection comparative des 2 côtés à la recherche :
- d’une tuméfaction de l’épaule,
- d’une anomalie des reliefs osseux,
- d’une amyotrophie, en particulier du sus ou sous épineux, de fasciculations.

Mobilité de l’épaule
Les mobilités actives :
- en élévation latérale (abduction) : faire écarter les 2 bras latéralement, toucher les mains au-dessus de la tête et revenir à la position de départ;
- en élévation antérieure (antépulsion) : faire soulever les 2 bras en avant, toucher les mains au-dessus de la tête et revenir à la position de départ;
- en élévation antéro-externe, secteur de mobilité intermédiaire entre l’abduction et l’antépulsion, dans le plan de l’omoplate : c’est le secteur fonctionnellement le plus important de l’épaule.

Deux autres mouvements sont également très importants pour tester la mobilité de l’épaule :
la manoeuvre " main-nuque ", que l’on teste en demandant au patient de mettre la main derrière le cou, aussi bas que possible (rotation externe); la manoeuvre " main-dos ", que l’on teste en demandant au patient de mettre la main derrière le dos, aussi haut que possible (rotation interne).

Capsulite rétractile
Cette affection, appelée aussi " épaule gelée " est la conséquence d’une algodystrophie réflexe sympathique, qui peut atteindre l’ensemble du membre supérieur (syndrome " épaule-main "), mais reste souvent limitée à l’épaule.
Elle peut compliquer une quelconque des affections précédentes de l’épaule, mais aussi les traumatismes, les affections coronariennes cardiaques, les affections chroniques pulmonaires, le diabète, les accidents vasculaires cérébraux, ...
La capsule articulaire s’épaissit, devient inextensible, adhérente à la tête humérale. Les récessus capsulaires normaux sont rétractés. Les 2 épaules peuvent être atteintes simultanément ou successivement chez certains patients.

Le début progressif, insidieux, se caractérise par une douleur diffuse de l’épaule, avec enraidissement progressif. La douleur est souvent plus marquée la nuit.
Les mobilités actives sont sévèrement limitées, ainsi que les mobilités passives dans tous les secteurs, y compris en rotation externe. L’injection locale d’un anesthésique n’améliore pas les mobilités.

Trois stades :
- stade 1: la douleur et une raideur progressive, dure de 3 à 12 semaines;
- stade 2: une douleur moins importante mais une raideur majeure, réalisant " l’épaule gelée ", dure de 2 à 12 mois;
- stade 3: récupération lente (3 à 12 mois) et souvent incomplète.

Résultat après deux séances de tuina

Le Bi de l’épaule suivant la médecine traditionnelle chinoise.
La périarthrite de l'épaule est causée par une attaque des énergies perverses telles que le Vent, le Froid et l'Humidité. Ceux-ci pénètrent à l'intérieur du corps et séjournent dans l'épaule en raison d'une insuffisance de l'énergie et du sang, et déterminent une dysharmonie entre l'énergie nourricière et l'énergie défensive "Wei Qi". De ce fait, les perturbations de la circulation ces énergies associées à la pénétration de l'énergie perverse sont responsables des scapulalgies et des contractures musculaires.
Donc, la pénétration de l'énergie perverse va provoquer une obstruction énergétique appelée "Bi". Nous aurons un "Bi errant", si l'atteinte est réalisée par le Vent ; un "Bi fixe" ou "douloureux" si il y a atteinte par le Foid ; "Bi humidité" ou "Bi fixe" si l'atteinte provient de l'Humidité. Plus spécifiquement, les énergies perverses vont pénétrer l'organisme par l'intermédiaire des méridiens tendino-musculaires, des méridiens principaux, des vaisseaux Lo, des méridiens distincts ou des merveilleux vaisseaux.

Par conséquent, au niveau de l'épaule, les méridiens y ayant un passage obligé seront bien évidemment atteints. L'épaule est une zone carrefour où convergent les méridiens Poumon, Gros Intestin, Triple Réchauffeur, Maître du Coeur, Coeur, Intestin Grêle ainsi que Vessie et Vésicule Biliaire.
Il est alors intéressant de rechercher la douleur sur le trajet de chaque méridien. Dans la très grande majorité des cas, l'atteinte est antéro-externe et correspond au Shou Yang Ming (Gros Intestin).
Outre la douleur retrouvée dans la périarthrite scapulo-humérale, l'impotence qui en résulte doit être étudiée, car elle nous donnera aussi une idée du méridien concerné (voir tableau ci-dessous).

Qu’est-ce qu’un syndrome  Bi ?
Le syndrome Bi comprend 3 grands stades:
- stade superficiel: atteintes des tendino-musculaires, méridiens principaux et distincts. Symptômes aigus modérés.
- Stade intermédiaire: atteintes des Tissus. Symptômes sévères et récurrents.
- Stade profond: atteinte des Viscères. Symptômes chroniques et très sévères.

Quel que soit le stade, les syndromes Bi se caractérisent toujours par la présence des Facteurs Pathogènes Externes atteignant simultanément le corps: Vent, Froid, Humidité ou Vent Humidité Chaleur ,qui sont la cause de l’obstruction du Qi et du sang, de la douleurs, engourdissements et limitation des mouvements.

La gravité de la maladie dépend de l’état général des énergies nutritives et défensives et la virulence des facteurs pathogènes.

Notion de douleur de type Yang ou Yin.
· Une douleur Yin est considérée généralement comme une douleur chronique, sourde, ancienne, diffuse, profonde, accompagnée d'ankylose, de paresthésies, d'une peau froide et oedémateuse.
· Une douleur Yang est par contre récente, lancinante, localisée et superficielle, associée à des contractures, une hyperesthésie cutanée, une peau chaude et rouge.


Notion de temps
Qu'appelle-t-on douleur ancienne ? A partir de quel moment une douleur dite récente, donc Yang, devient-elle Yin, c'est à dire chronique? Il apparaît que la limite temporelle entre une douleur Yin et Yang se situe généralement à 30 jours. En dessous de 30 jours, la douleur est toujours Yang. Au delà de 2 mois, la douleur est toujours Yin. Entre 1 et 2 mois, il est possible de voir soit l'un, soit l'autre. Notons enfin qu'il arrive fréquemment d'avoir une recrudescence des douleurs Yang sur un fond chronique Yin.


Techniques du Tuina
Méthodes principales : Gunfa, Anmofa avec la paume, Rouniefa, An, Nafa, Yaofa de l’épaule ; abduction, adduction, extension, élévation et flexion de l'épaule, Banfa de l'épaule, Cuofa et Zhendongfa.

Méthodes complémentaires : Anroufa sur Jianneiling (HM) ,Jianyu (GI 15), Tianzong (IG 11), Binao (GI 14), Naoshu (IG 10), Quchi (GI 11), Hegu (GI 4) et Nafa sur Jianjing (VB 21).



Traitement quotidien de 20 min ou tous les deux jours.
En cas de vide, on réalisera une moxibustion.

Remarque:
Durant le traitement, il est conseillé au patient de faire des exercices à la maison afin qu’il puisse récupérer le plus tôt possible.

TECHNIQUE
Le patient est assis, le membre atteint relâché, tombant naturellement à côté du tronc ; le praticien est debout, latéralement du côté atteint du patient :
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d'une main tenir le poignet du patient et soulever légèrement le bras vers le côté pour que le bras soit en légère abduction appliquer  Gunfa  sur la face antérieure de l'épaule, le muscle deltoïde et la face interne de la partie supérieure du bras.

Quand la main qui masse est sur la face antérieure de l'épaule et sur le muscle deltoïde, l'autre main provoque quelques mouvements passifs d'abduction, de rotation interne et de rotation externe - cette étape prend environ 5 minutes.

Mais attention, si la douleur est très importante et si le patient n'arrive pas à relâcher son bras en position assise, il faut le coucher sur le dos, le coude en flexion de 90° et le bras en légère abduction - depuis cette position, le masseur applique le même traitement en provoquant quelques mouvements passifs de rotation interne et de rotation externe. Le patient restant dans la même position assise, appliquer Gunfa sur la face externe de l'épaule atteinte et la région derrière l'aisselle et en même temps pratiquer les mouvements suivants, répétés plusieurs fois : abduction postérieure légère du bras du patient.

Puis rotation vers l'arrière et flexion du coude, jusqu'à ce que la main du patient touche le milieu du dos. Au départ de cette position,  faire exécuter quelques mouvements alternatifs d'ascension-descente de l’avant-bras (les mouvements doivent être doux, sans forcer et l'amplitude des mouvements doit s'augmenter progressivement) tout en appliquant du Gunfa autour de l’épaule. Cette étape dure environ 5 minutes.




Le patient dans la même position, le praticien est debout derrière le côté at teint et applique Anroufa sur VB21-IG 12-IG11-IG9-IG 5 et Jianneiling (HM), une minute par point - en cas de douleur forte pendant la nuit, on peut insister sur le IG 11 en faisant Anroufa pendant 3 minutes ;




Appliquer un Yaofa de l’épaule  atteinte, 6 fois dans chaque sens (en avant-en arrière) ; l'amplitude de la rotation est définie suivant le niveau de la limitation des mouvements. Manipulation de l'épaule en rotation interne.
© cftmc









Manipulation de l'épaule en rotation postérieure. 
Le praticien se place face au patient, à 45° vers l'extérieur, du côté atteint.  Poser la main la plus proche sur l’épaule atteinte, un peu vers l'arrière.

De l'autre main saisir le bras lésé que l’on amène en légère abduction postérieure. La hauteur à laquelle est saisi le bras du patient dépend de la liberté de mouvement de celui-ci. Ainsi l’on peut saisir le milieu du haut du bras, le coude ou l’avant-bras.

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Le praticien se trouve derrière le patient. Poser une main sur l'épaule . De l'autre main saisir le poignet du patient du côté atteint et l'amener en rotation postérieure, la main dirigée vers l'épaule opposée. Tout en fixant d'une main l'épaule du patient, imprimer un tirer sur le bras atteint, en le dirigent vers l'épaule saine. Le tirer s'exécute en un mouvement de va et vient, de bas en haut, souple ment, en cherchant à augmenter progressivement l'amplitude. Pendant ce mouvement, qui est exécuté souplement, évaluer à quelle amplitude se trouve exactement le blocage et, quand le patient est bien relaxé, exécuter le même mouvement d'une façon subite et accélérée, en augmentant un peu l'amplitude, afin de dépasser le niveau de blocage.

NAFA du membre supérieur
Opérer une série de Nafa successives de l'épaule jusqu'au poignet en insistant avec les pouces sur les points suivants : Jianneiling (HM), 11 Gi –4Gi ; à répéter 6 fois.
Cuofa de l'épaule et Chafa du membre supérieur entre les mains :  exécuter plusieurs Chafa successives de l'épaule jusqu'à la main.

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On commence par un doufa du bras du patient, levé en abduction latérale, la paume de la main vers le bas, au maximum de la hauteur pouvant être atteinte sans produire de douleur. On exécute une légère traction sur le bras et on pratique un secouement de petite ampleur suivant l'axe vertical.






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-->  Le bras du patient, toujours en abduction latérale, le ramener vers l’avant du corps et le diriger vers l’épaule opposé, puis lui induire une rotation (Yaofa) en veillant à ce que la main frôle l’oreille, le haut de la tête pour aboutir à nouveau sur l’épaule atteinte, bras en flexion.







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-->  Saisir le poignet et exécuter un mouvement d’ascension du bras pour terminer par une traction.















jeudi 6 juin 2013

La SEP selon la médecine traditionnelle chinoise



La  sclérose  en  plaques  fait  partie  des  maladies  neurologiques  difficiles  à  traiter.  
C'est  une maladie assez fréquente en Amérique et en Europe. Ces dernières années, en Chine, le taux de consultation pour cette maladie augmente d'année en année. Jusqu'à présent, son étiologie n'a pas  encore  été élucidée.  Il  est  probable  qu'elle  soit  en  relation  avec  les  virus,  l'hérédité et l'auto-immunité.  De  nos  jours,  il  n'existe  pas  encore  de  traitement  idéal contre  cette maladie.  La  corticothérapie  que  l'on  utilise  souvent  pour  traiter  celle-ci  entraîne  de  lourds effets secondaires d'où l'impossibilité de son usage long terme.*

Maladie auto-immune frappant notamment la population des pays de l'hémisphère nord, la SEP est essentiellement liée à une démyélinisation des fibres nerveuses de la substance blanche du système nerveux central. Les lésions démyélinisantes sont en plaques, circonscrites, multiples et disséminées et peuvent toucher n'importe quel secteur de la substance blanche et notamment le tronc cérébral et les zones périventriculaires.

Les signes cliniques sont variés et la maladie se caractérise par des phases de poussées et de rémission. Voici les signes typiques (lors d'une poussée) : troubles visuels, dysarthrie, dysphagie, mouvements dysmétriques, démarche instable, troubles de l'humeur, dépression, troubles cognitifs, et dans les cas graves paralysie ou démence.

Selon ses caractéristiques cliniques et ses principaux signes, elle peut faire partie du "Wei Zheng"  (« syndrome de flaccidité ») de la MTC.

Les tout premiers écrits concernant ce syndrome se trouvent dans le Su Wen au chapitre intitulé « Discussion sur la flaccidité » (Wei Lun Bian, chap.44 ). D'après ce chapitre, le Wei Zheng provient d'un épuisement de l'Essence des organes internes causé par les trois facteurs suivants :
- perturbations émotionnelles entraînant des dysfonction­nements internes ;
- atteinte par l'humidité-chaleur externe ;
- surmenage sexuel. Épuisée, l'Essence ne peut plus entretenir les tendino-musculaires d'où l'apparition de l'hypotonie. Par ailleurs, ce chapitre distingue pour ce syndrome cinq types différents en fonction de la cause, de la localisation de la maladie et des signes cliniques : l'hypotonie des membres inférieurs (Wei Bi), l'hypotonie des vaisseaux (Mai Wei), l'hypotonie des tendons (Jin Wei), l'hypotonie des chairs (Rou Wei), l'hypotonie des os (Gu Wei).

Les médecins des époques ultérieures à celle du Su Wen ont complété les données de cette pathologie tant sur le plan étiopathogénique que diagnostique. Par exemple, selon Li Dong Yuan (ou Li Gao), le Wei Zheng est causé par l'humidité-chaleur et il siège au niveau du Foie et des Reins. Quant à Zhang Jing Yue, il a confirmé que cette maladie est en relation avec une déficience de l'Essence et du sang qui ne peuvent plus remplir leur rôle nourricier.

De nos jours, les données classiques concernant le Wei Zheng servent de références dans l'analyse et le traitement de la sclérose en plaques.
Sur le plan étiopathogénique, la SEP est en relation avec les trois facteurs suivants :

Atteinte par des agents pathogènes (perversités) externes
Il en résulte que le cerveau (Nao) est lésé et que le Yang clair (Qing Yang ) est obstrué.
Selon Zhang Zi He, la chaleur est la principale cause du Wei Zheng. Une accumulation interne de cet agent pathogène associée à l'humidité peut, d'une part, bloquer les grands tendino-musculaires (Da Jin) en provoquant des contractures, et d'autre part, relâcher les petits tendino-musculaires (Xiao Jin ) en entraînant l'hypotonie, il faut noter qu'à la phase initiale de la sclérose en plaques, on observe souvent une infection des voies aériennes supérieures. Ceci se produit souvent au printemps et en été qui sont les saisons marquées par la présence de l'humidité-chaleur.

Déficience du corps par des maladies chroniques
Il en ré­sulte que le Qi correct (Zheng Qi) s'affaiblit et que les cinq organes pleins (Wu Zang) fonctionnent mal. Dans ce contexte, le Qi et le sang ne sont plus suffisamment produits pour bien nourrir, d'une part, le cerveau d'où l'apparition de : baisse de la vue, vertiges, acouphènes, et d'autre part, les tendino-musculaires des membres d'où l'hypotonie.

Perturbations émotionnelles
Il en résulte que le Qi et le sang stagnent et qu'ils ne peuvent plus alimenter normalement les tendino-musculaires d'où l'hypotonie comme en témoignent les propos de Wei Zhi Xiu (: II s'agit de l'énergie vitale, de la fonction de protection, de régénération et de résistance de l'organisme contre les maladies.): « Sans être en relation avec une quelconque maladie, les jambes peuvent devenu- inertes par un Qi du Foie excessif.» C'est ainsi que cette maladie peut être déclenchée par des excitations d'ordre mental.

En résumé, selon la MTC, à la phase initiale de la sclérose en plaques, il y a une atteinte par l'humidité-chaleur externe. Devenue chronique, cette maladie épuise les Reins. C'est pourquoi  la tonification des Reins est la  démarche fondamentale du traitement de l'hypotonie. Les Reins régissent les os (Gu), conservent l'Essence (Jing) et produisent la moelle (Sui) qui est rattachée au cerveau, n faut savoir que la moelle est produite à partir de l'Essence conservée dans les Reins. L'abondance de cette Essence assure un développement sain et un bon fonctionnement du cerveau qui représente la « mer des moelles » selon la MTC. L'insuffisance de l'Essence des Reins entraîne un approvisionnement insuffisant de la « mer des moelles » d'où la naissance des situations pathologiques comme en témoigne l'extrait suivant du chapitre 33 du Ling Shu : «L'insuffisance de la mer des moelles entraîne : acouphènes, douleurs du tibia, vertiges avec éblouissements, baisse de la vue, fatigue avec désir de s'allonger. »

On peut donc affirmer que cette maladie est en relation étroite avec les Reins et le cerveau.

Analyse physiopathologique
 En tant que signe principal de la sclérose en plaques, l'hypotonie (paralysie des membres) est accompagnée de : baisse de la vue, vertiges avec éblouissements, acouphènes.

L'hypotonie
À sa phase initiale, cette maladie est souvent causée par une humidité-chaleur externe qui, après sa pénétration dans le corps, monte au cerveau (Nao) en lésant la moelle de ce dernier et en y obstruant la circulation du Qi et du sang. En conséquence, le cerveau ne fonctionne plus normalement et les membres deviennent inertes. Par ailleurs, en s'accumulant à l'intérieur du corps, cette humidité-chaleur bloque la circulation du Qi. N'étant pas diffusés par le Qi, les liquides organiques (Jin Ye) stagnent et se transforment en mucosités (Tan). Dès lors, ces dernières s'associent à la chaleur préexistante en provoquant une stagnation du Qi et du sang. Ces deux éléments ne peuvent alors plus nourrir les tendino-musculaires (Jin Mai) d'où l'hypotonie. Par ailleurs, l'accumulation de l'humidité-chaleur peut, comme il est évoqué au début de ce texte, susciter une  contraction  des   grands   tendino-musculaires  d'où   les contractures musculaires.

À la phase chronique de la maladie, après avoir blessé le Qi correct (Zheng Qi), les agents pathogènes disparaissent. Ce stade de la maladie est marqué par un épuisement du Qi originel (Yuan Qi). Du fait de sa déficience, le Qi ne circule plus normalement et ne peut plus faire circuler le sang. Le Qi et le sang n'apportent plus les éléments nutritifs aux membres d'où l'hypotonie. Par ailleurs, la chaleur pathogène peut épuiser les liquides organiques en entraînant un déficit du Yin du Foie et des Reins donc une insuffisance de l'Essence des Reins. Ainsi, le corps n'a plus assez d'Essence pour nourrir la moelle des os (Gu Sui), les tendino-musculaires et les chairs, n’en résulte dans la plupart des cas l'hypotonie et dans les cas graves des contractures accompagnées de douleurs. Cette situation est donc en relation avec une déficience de l'Essence (propos de Zhang Jing Yue évoqués au début de ce texte).

Baisse de la vue, vertiges avec éblouissements, acouphènes
Ce sont les signes souvent observés au cours de la sclérose en plaques.
L'humidité-chaleur externe entraîne une obstruction par des mucosités au Foyer Moyen. Dans ce contexte, le Yang clair13 ne monte plus pour nourrir les yeux d'où la baisse de la vue.
Quand les éléments impurs (issus des aliments) ne peuvent plus, à cause de l'obstruction par des mucosités au Foyer Moyen, descendre pour être éliminés, ils montent facilement vers les « orifices clairs » pour les obstruer d'où les vertiges avec éblouissements et les acouphènes. Cela est conforme au propos suivant de Li Dong Yuan  :
« Lorsque le Yang clair ne monte plus (et que les éléments impurs ne descendent pas), les neuf orifices (clairs) sont obstrués. »

Dans la sclérose en plaques chronique, on observe soit un épuisement du Qi originel (Yuan Qi) soit un déficit du Yin du Foie et des Reins.

En cas d'épuisement du Qi originel, la production du sang devient insuffisante. Par ailleurs, dans ce cas, le Qi ne peut plus faire circuler le sang. C'est pourquoi on a ici à la fois une déficience et une stagnation de sang. Les yeux sont sous l'influence du Foie qui conserve le sang. La déficience et la stagnation du sang font que les yeux ne sont plus nourris d'où les troubles visuels et que le cerveau n'est pas normalement alimenté d'où les vertiges avec éblouissements et les acouphènes.

En cas de déficit du Yin du Foie et des Reins, l'Essence des Reins est insuffisante. Cet état conduit à l'apparition d'un vide de la mer des moelles (cerveau) entraînant vertiges et éblouissements. Par ailleurs, la déficience du Yin permet au vent interne d'apparaître. En s'agitant, ce vent monte en troublant les orifices clairs d'où les vertiges. Cette situation est bien décrite dans l'extrait du chapitre 33 du Ling Shu mentionné plus haut.

Traitement selon la différenciation des syndromes

Obstruction des ramifications (Luo) par les mucosités-chaleur
- fièvre
- hypotonie (des membres) ou hémiplégie avec engour­dissement survenue brusquement après la fièvre
- soif sans envie de boire
- aphasie
- crachats jaunes et visqueux
- enduit lingual jaune ou jaune et gras
- pouls glissant (Hua) et rapide (Shuo).

Principes thérapeutiques
- rafraîchir la chaleur et éliminer les mucosités
- ouvrir les orifices et désobstruer les ramifications

Envahissement par l'humidité-chaleur
-   hypotonie (notamment des membres inférieurs) dont l'évolution est progressive. Signes associés : œdème (gonflement) sans gravité, engourdissement des extrémités, fièvre, lourdeur du corps avec teint du visage jaune, avec brûlure, douleur et urines foncées
- enduit lingual jaune
- pouls mou (Ru) et rapide (Shuo).

Principes thérapeutiques : rafraîchir la chaleur et éliminer l'humidité.

Obstruction des ramifications (Luo) par la stagnation de sang
- hypotonie des quatre membres
- engourdissement des extrémités
- lèvres violettes, langue bleue
- spasmes avec douleurs
- vertiges avec éblouissements
- sécheresse de la gorge
- acouphènes
- spermatorrée ou incontinence urinaire
- langue rouge avec peu d'enduit
- pouls fin (Xi) et rapide (Shuo).

Principes thérapeutiques
- nourrir le Yin et rafraîchir la chaleur
- reconstituer et accroître le Yin du Foie et des Reins.

Vide simultanée du Qi et du Yin
- hypotonie des membres avec atrophie musculaire dans les cas graves
- palpitations, dyspnée
- lassitude mentale, asthénie
- manque de souffle et absence d'envie de parler
- enduit lingual fin, blanc et sec
- pouls fin (Xi) et faible (Ruo).

Principes thérapeutiques : renforcer la Rate, reconstituer et accroître le Qi et le Yin.

Vide du Yin du Foie et des Reins
-          parésie voire paralysie des quatre membres
-          douleurs et faiblesse des lombes et des genoux
-          vertiges
-          acouphènes
-          sécheresse de la bouche et de la langue
-          langue rouge avec peu d'enduit
-          pouls Xi (fin) et Shuo (rapide).

Principes thérapeutiques
-          accroître le Yin du Foie et des Reins
-          activer la circulation du Xue (sang)
-          désobstruer les Luo Mai.

Vide de Xue (sang) du Cœur et du Foie
- tremblements des membres,
- acouphènes,
- excès d'activité onirique,
- fréquence de crises d'angoisse paroxystique,
- selles sèches,
- langue pâle avec un enduit fin en petit quantité
- pouls Xi (fin), Shuo (rapide) et sans force (Wu Li).

Principes thérapeutiques: nourrir le Xue (sang), accroître le Yin, activer la circulation du Xue (sang) et désobstruer les Luo Mai.

Vide du Yang de la Rate et des Reins 
- ptôse des paupières
- diminution auditive
- dysarthrie
- dysphagie
- vertiges
- absence d'envie de parler par manque de souffle
- frilosité avec membres froids
- polyuries
- langue rouge foncée avec enduit blanc et lisse, pouls Chen (profond), Xi (fin) et sans force (Wu Li).

Principes thérapeutiques: réchauffer et tonifier la Rate et l'Estomac, désobstruer les Luo Mao

Traitement par l'acupuncture
 Formule de base : 11 Gi-4Gi-E36-9Rt

- Hypotonie des membres supérieurs : 15 GI-11 GI-4 GI5- GI
- Hypotonie des membres inférieurs : 31 E-34 E-36 E-41 E

A rajouter en fonction du déséquilibre :
- mucosité-chaleur : 5 P-13 V
- humidité-chaleur : 9 Rt-20 V
- stagnation de sang : 10 Rt-3 F
- déficit du Yin du Foie et des Reins :18 V-23 V-39 VB-34 VB
- déficience simultanée du Qi et du Yin : 3 Rn-9 P
- Déficit du yin du Rein et du Foie : : 6 Rt-3 Rn en tonification ; 3 RM- 4 GI- 3 F qui sont à chauffer avec des petits cônes de moxa. Appliquer également une ventouse mobile de 18 V à 23 V
- Déficit du Xue (sang) du Cœur et du Foie : 15 V-18 V-36 E-20 DM-8 M-C1 Rn. Les trois derniers points forment un groupe de points appelé « Wu Xin Xue » (cinq points du cœur). Tous ces points sont à puncturer en tonification ou à chauffer avec des petits cônes de moxa. Appliquer également une ventouse mobile de 14 DM au 8 DM.
- Vide du Yang de la Rate et des Reins : 20 DM-1 Rn-36 E-6 RM ou 4 R.M. Tous ces points sont à puncturer en tonification ou à chauffer avec des petits cônes de moxa.

TRAITEMENT PAR TUINA
-          Hypotonie des membres supérieurs : palpation et recherche des  tendino-musculaires trop tendus et les différentes tensions au niveau des points par la technique de paifa. Anroufa sur les points suivants : 21 VB- 14 GI- 10 GI-4 GI- 15 GI.-11 GI.
- techniques de base du dos et lombaires, membres supérieures et inférieurs.
-  Nafa, mofa, gunfa, tuifa sur les membres (canaux MC-P-Gi-E-F-VB) et le dos.
-  Yaofa des épaules, coudes, poignets ; hanches,genoux,chevilles.
-   Dong Banfa viscérales
- Hypotonie des membres inférieurs : 11 F-57 V-60 V-32 E-36 V-37 V-3 DM-30 VB-36 40 V-35 E-41 E-44 E.

Pour en savoir plus sur la SEP
 http://www.sep974.info/medecine-traditionnelle-chinoise.html

http://www.medecine.unige.ch/enseignement/apprentissage/module4/immersion/archives/2009_2010/travaux/10_r_sep.pdf

* Extrait du texte traduit par LIN SHI SHAN (Acupuncture Traditionnelle Chinoise n° €9-20)
Site : www.institut-yin-yang.com